Réduction de la violence communautaire : des jeunes de Martissant et de La Saline formés en réparation de smartphones

Du 13 mars au 24 avril 2019, trente jeunes issus de quartiers défavorisés ont suivi une formation en réparation de matériel électronique au sein de la Sûrtab Académie. © Leonora Baumann / UN / MINUJUSTH, 2019

Du 13 mars au 24 avril 2019, trente jeunes issus de quartiers défavorisés ont suivi une formation en réparation de matériel électronique au sein de la Sûrtab Académie. © Leonora Baumann / UN / MINUJUSTH, 2019

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14 mai 2019

Réduction de la violence communautaire : des jeunes de Martissant et de La Saline formés en réparation de smartphones

David Nieto

Du 13 mars au 24 avril 2019, trois fois par semaine, ils étaient une trentaine à faire le déplacement des quartiers de Martissant et La Saline jusqu’au Parc industriel de la SONAPI, dans les locaux de l’entreprise de tablettes « made in Haiti » Sûrtab. Grâce à l’entremise de l’ONG Viva Rio Haïti et au financement du programme de Réduction de la violence communautaire (RVC) de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la Justice (MINUJUSTH), ces jeunes issus de quartiers défavorisés ont pu entrer en contact avec les employés de cette firme. Pendant six semaines, les spécialistes de Sûrtab leur ont transmis leur savoir-faire et leurs compétences en assemblage et réparation. Un échange sous forme d’opportunité pour les bénéficiaires de ce projet qui espèrent ensuite s’insérer sur le marché du travail haïtien.

En Haïti, on estime à quatre millions le nombre d’utilisateurs de smartphones et autre matériel électronique. Un marché encore en pleine croissance où se croisent des appareils neufs ou de seconde main qui nécessitent un suivi d’entretien et de réparation. Ce contexte est une véritable opportunité pour les professionnels de l’électronique qui n’a pas échappé à l’ONG Viva Rio Haïti, chargée de la mise en œuvre du projet RVC Kominote san vyolans (« Communauté sans violence »). Cette initiative entend réintégrer économiquement des personnes qui vivent dans des contextes à risque dans les quartiers de Martissant et de La Saline, notamment grâce à des formations professionnelles qui peuvent les aider à générer des revenus et choisir leur propre futur.

Aujourd’hui, les 30 personnes présentes au sein de la Sûrtab Académie sont âgées entre 16 et 40 ans. La majorité n’a pas eu l’occasion de pouvoir aller à l’université et beaucoup doutent encore de leurs capacités à développer de nouvelles compétences. Certains disposent déjà de quelques rudiments en matière d’électronique, mais tous ont répondu présent devant l’invitation à rejoindre l’un des séminaires de formation organisés par la marque de tablettes 100 % haïtienne.

Partage de bonnes pratiques et transmission de savoir-faire

Depuis 2018, l’entreprise Sûrtab, créée en 2013, a développé des modules de formation destinés aux personnes extérieures. C’est la « Sûrtab Académie », à laquelle contribuent directement la trentaine d’employés à plein temps recrutés par l’entreprise. Pour transmettre leur savoir-faire, ils se relaient auprès des bénéficiaires et partagent les bons gestes et autres conseils en assemblage et réparation.

Aujourd’hui, c’est à Thélus Wilson, responsable de production, de suivre le groupe. Il leur apprend à utiliser correctement le multimètre, un instrument de mesure qui permet de vérifier le bon fonctionnement du circuit électrique des smartphones. Son objectif personnel ? Que la plupart des personnes formées trouvent un travail immédiatement après la formation.

Pour suivre les enseignements, chaque bénéficiaire dispose de sa propre boîte à outils : valises, cahiers, outils et autres matériels de formation (comme le multimètre). « Un kit complet avec lequel chacun peut repartir une fois la formation est finie », souligne Thélus Wilson. « C’est un moyen pour eux de pouvoir rapidement lancer leur activité à leur propre compte. »

Il y a quelques semaines encore, je n’avais jamais réparé un téléphone

D’autres choisissent encore de rejoindre des magasins d’électronique. Une piste pour Lanès Célestin, 31 ans, qui hésite encore à lancer son entreprise : « Monter son affaire peut être compliqué. Cela demande beaucoup d’argent pour commencer, il faut ensuite trouver un local, officialiser le commerce… ». Pourtant, le jeune homme croit bel et bien en ces différentes perspectives : « Il y a quelques semaines encore, je n’avais jamais réparé un téléphone. J’avais quelques bases, bien sûr, mais je n’avais jamais eu de formation sur le fonctionnement du circuit électrique. »

Lanès Célestin se dit aussi optimiste sur les perspectives à venir. Après tout, « Sûrtab est une entreprise très connue en Haïti », une source de savoir, de savoir-faire, mais aussi d’inspiration pour la jeunesse haïtienne.

75 000 bénéficiaires de projets de réduction de la violence communautaire de la MINUJUSTH

Entre octobre 2017 et avril 2019, plus de 75 000 personnes, dont 36 900 femmes, ont bénéficié des projets de réduction de la violence communautaire mis en œuvre par 68 partenaires (60 locaux, 6 internationaux et 2 agences onusiennes) avec l’appui de la MINUJUSTH. Afin de consolider des dynamiques positives qui permettent de réduire la violence dans les quartiers, une partie de ces projets fournit aux participants des outils pour générer des revenus, se former ou encore gérer son entreprise.