Sarah Blakemore (Keeping Children Safe) : mettre en place une solution globale pour régler le problème de l’exploitation et des abus sexuels

Directrice de l’organisation Keeping Children Safe (« Protéger les enfants »), Sarah Blakemore faisait partie d’une délégation d’enquêteurs en Haïti pour instaurer des normes strictes sur l’exploitation et les abus sexuels des enfants. © Leonora Baumann / UN / MINUJUSTH, 2018

Directrice de l’organisation Keeping Children Safe (« Protéger les enfants »), Sarah Blakemore faisait partie d’une délégation d’enquêteurs en Haïti pour instaurer des normes strictes sur l’exploitation et les abus sexuels des enfants. © Leonora Baumann / UN / MINUJUSTH, 2018

28 mar 2018

Sarah Blakemore (Keeping Children Safe) : mettre en place une solution globale pour régler le problème de l’exploitation et des abus sexuels

David Nieto

Du 18 au 24 mars 2018, la Mission des Nations Unies pour l’Appui à la Justice en Haïti (MINUJUSTH) accueillait une délégation, menée par la professeure Rosa Freedman de l’université de Reading (Royaume-Uni). Leur objectif ? Établir un bilan de l’engagement des organisations internationales sur place dans la protection des enfants pour garantir le respect des normes strictes en matière d’exploitation et d’abus sexuels.

Les missions de maintien de la paix des Nations unies, comme la MINUJUSTH, s’engagent pour honorer leurs valeurs. Parmi elles, le combat contre l’exploitation et les abus sexuels est une priorité – la politique de « Tolérance Zéro » rappelée par le Secrétaire général à l’occasion de la Journée internationale des femmes. La Professeure Rosa Freedman travaille avec les Nations unies pour réduire les risques d’exploitations et d’abus sexuels et protéger les enfants dans le contexte des Mission de maintien de la paix. Partie intégrante de la délégation en Haïti et Directrice de l’organisation Keeping Children Safe (« Protéger les enfants »), Sarah Blakemore a accepté de répondre à nos questions pour expliquer le projet de son organisation pour défendre coûte que coûte les droits des enfants.

Comment est née votre organisation de protection de l’enfance ?

« Tous les enfants ont droit à être protégés et toutes les organisations ont la responsabilité de les protéger » (Sarah Blakemore)

 

L’organisation Keeping Children Safe est une sorte de réseau international d’organisations qui sont concernées par la protection des enfants. Elle est apparue à l’époque où des rapports faisaient état de scandales d’abus d’enfants par le personnel d’organisations humanitaires dans les camps de réfugié en Afrique de l’Ouest. Dès cette époque, un groupe d’individus et d’organisations se sont regroupés pour décider comment s’attaquer à ce problème au niveau du personnel, des opérations et des programmes. L’idée était de créer un ensemble de règles sur la protection des enfants rapidement applicables par les organisations et peu importe les contextes dans lesquels elles opèrent.

Depuis nous avons travaillé avec plus de 5 000 organisations différentes dans presque tous les pays. Peu importe le type d’organisation, les règles restent les mêmes. Ces standards ont même été développés au niveau des gouvernements, des librairies, des universités, des écoles… En bref, tous les types d’organisations qui travaillent en contact avec des enfants.

Pour le moment, nous avons environ 80 membres à travers le monde : de très grosses structures comme de tous petits groupes communautaires qui distribuent des livres dans leur localité. Tous les enfants ont droit à être protégé et toutes les organisations ont la responsabilité de les protéger.

Qu’est-ce qui vous a amené à travailler à la protection de l’enfance ?

J’ai toujours travaillé dans le secteur du développement et de l’humanitaire (Oxfam, Save the Children). Les organisations travaillent dans des situations très particulières où une très grande confiance leur est accordée. Comment garantir qu’elles sont pleinement responsables ? Et comment les transformer pour mettre les besoins des communautés et des enfants vraiment au cœur de tous les projets menés à travers le monde.

Comment avez-vous commencé à collaborer avec les Nations unies sur ce sujet ?

Pour développer notre projet, nous avions déjà beaucoup travaillé en collaboration avec Jane Connors. En tant que Défenseure des droits des victimes pour les Nations Unies, c’est la première représentante des Nations Unies pour les droits des victimes d'exploitation et d'abus sexuels. Nous avons donc essayé de voir comment appliquer ces règles aux missions de maintien de la paix des Nations Unies. Nous cherchions une mission qui accepterait de mettre en place notre ensemble de règles, notamment dans des pays qui comptent de nombreuses troupes des pays contributeurs.

Dans une approche similaire, nous avions déjà travaillé en Uruguay où de nombreuses organisations différentes et leurs partenaires travaillaient ensemble. C’est un problème dont la solution doit être globale ! Nous avons déjà fait des travaux de recherche avec la Mission des Nations Unies au Libéria (UNMIL) pour constater les bonnes pratiques qui existent déjà sur le terrain et voir comment de nouvelles approches peuvent s’implanter dans ce type de missions. Au Libéria, nous avons par exemple mis en place une conversation sur la protection des enfants qui a commencé par une évaluation initiale de la situation. Notre but était de faire une évaluation très rigoureuse des risques pour les enfants afin de travailler ensemble pour trouver des mesures appropriées pour chacune des failles qui existent. Il faut aussi s’adapter au contexte où les équipes se trouvent, notamment en fonction des systèmes de protection de l’enfance qui préexistent dans le pays.

Selon vous, quelles sont les premières actions à mettre en place ?

« Tous doivent comprendre les enjeux de la protection des enfants et devenir des ambassadeurs sur le sujet » (Sarah Blakemore)

Ce dont nous avons besoin à très court terme, c’est d’un changement global ! Un très bon moyen de commencer, c’est de réfléchir aux droits des enfants mais aussi à la responsabilité de ces organisations. Pour cela, les règles internationales de protection de l’enfance offrent un cadre qui a fait ses preuves : cela passe par des politiques de protection, des formations mais aussi des procédures. Le dernier point porte sur la responsabilisation de chacun des individus, jeunes ou vieux, qui constituent le personnel de ces organisations. Ils doivent tous comprendre ces enjeux de protection – et devenir des ambassadeurs sur le sujet.

Il est toujours important de parler de ce sujet pour continuer à l’analyser. Mais avant tout, nous avons besoin d’une solution basée sur des preuves. C’est un changement global qui doit s’implanter partout et dans chacun des aspects des structures en contact avec des enfants.