Dr. Diallo : « Un état de droit fort est indispensable pour attirer les investissements privés et financer les Objectifs de Développement durable en Haïti »

Représentant Spécial adjoint du Secrétaire général des Nations unies en Haïti, Coordonnateur Résident des 19 Agences, Fonds et Programmes des Nations unies sur place, Coordonnateur Humanitaire et Représentant Résident du PNUD, le Dr. Mamadou Diallo a souligné l´importance d'accompagner les autorités Haïtiennes dans le renforcement de l’état de droit. © Leonora Baumann / UN / MINUJUSTH, 2018

Représentant Spécial adjoint du Secrétaire général des Nations unies en Haïti, Coordonnateur Résident des 19 Agences, Fonds et Programmes des Nations unies sur place, Coordonnateur Humanitaire et Représentant Résident du PNUD, le Dr. Mamadou Diallo a souligné l´importance d'accompagner les autorités Haïtiennes dans le renforcement de l’état de droit. © Leonora Baumann / UN / MINUJUSTH, 2018

28 fév 2018

Dr. Diallo : « Un état de droit fort est indispensable pour attirer les investissements privés et financer les Objectifs de Développement durable en Haïti »

David NIETO

Lancée le 16 octobre 2017, la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH) a pour objectif de renforcer l’état de droit. Prévu sur deux ans par le Conseil de sécurité, le mandat de la Mission de maintien de la paix est d’apporter un soutien aux institutions haïtiennes clé de l’état de droit : le système judiciaire, l’administration pénitentiaire, les institutions chargées de la promotion et de la protection des droits humains ainsi que celles chargées de la sécurité, notamment la Police nationale d’Haïti (PNH).

Dans le cadre de son mandat, la Mission des Nations unies en Haïti a signé un protocole d’entente avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). L’idée ? Rassembler les énergies afin de continuer à renforcer les institutions de l’état de droit, mais aussi préparer la transition vers la fin de la MINUJUSTH tout en s’assurant de la poursuite et du renforcement de ses acquis.

À l´occasion de la signature du protocole d'entente, le 8 février 2018, le Dr. Diallo a répondu à trois questions.

La MINUJUSTH et le PNUD signent aujourd’hui un protocole d’entente pour un programme conjoint sur l’état de droit. Qu’est-ce que cela signifie ?

Mamadou Diallo : La signature de ce protocole d’entente entre la MINUJUSTH et le PNUD s’inscrit dans la continuation d’une collaboration née en 2016 et continuée en 2017. Pour cette période, la MINUSTAH avait déjà signé un premier accord-cadre avec le PNUD et d’autres Agences, Fonds et Programmes des Nations unies.

Le but est de fédérer les compétences de chacun pour appuyer les institutions de l’état de droit et pour remplir la mission que s’est fixée l’ONU en Haïti. Le mandat de la MINUJUSTH est limité dans le temps. Il se focalise sur l’appui à la Justice, aux droits humains et aux institutions de l’état de droit. Or, dans son portefeuille d’activités, le PNUD met aussi en place un programme de gouvernance en Haïti qui repose sur le renforcement des institutions comme la police, la justice, le service de l’administration pénitentiaire... Entre la MINUJUSTH et le PNUD, il y a une convergence naturelle.

Sur quels enjeux repose ce programme conjoint ?

M. D. : Très prochainement, Haïti n’aura plus besoin de mission de maintien de la paix. Mais la présence et l’accompagnement du système des Nations unies ne va pas changer : les 19 Agences, Fonds et Programmes, comme par exemple le PNUD ou ONU FEMMES, vont continuer leur travail sur place. Cette alliance nous permet de préparer la transition afin que les acquis et les gains de la mission ne soient pas perdus. En tout cas, demain, les institutions de gouvernance démocratique d’Haïti pourront continuer à bénéficier de l’accompagnement des Nations unies.

« En établissant la MINUJUSTH, l’ONU a considéré que les progrès des institutions haïtiennes pour assurer l’état de droit étaient réels. »

 

En mettant fin à l’opération militaire de la MINUSTAH pour établir le mandat plus restreint de la MINUJUSTH, le Conseil de sécurité de l’ONU a considéré que les progrès des institutions haïtiennes pour assurer l’état de droit étaient réels. La plupart des Haïtiens sont d’accord pour reconnaître que la PNH n’a plus rien à voir avec celle de 2004 ou de 2010. Dans le nombre, la professionnalisation et la capacité opérationnelle, l’évolution est remarquable.

En tant qu’agence de développement, le PNUD complète le mandat de la MINUJUSTH pour le renforcement de la PNH. Au-delà des actions techniques (maintien de l’ordre, engagement avec les communautés, collecte et analyse de l’information, surveillance du territoire), le PNUD apporte son soutien administratif et logistique. Un accompagnement nécessaire pour la PNH en termes de gestion, de budgétisation ou encore pour lancer les travaux d’infrastructure au siège ou dans les commissariats de police.

En quoi le renforcement de l’état de droit peut-il contribuer aux priorités nationales de développement ?

M. D. : En tant que membre fondateur des Nations unies, le gouvernement d’Haïti a souscrit aux Objectifs de Développement durable (ODD) et s’est engagé à faire d’Haïti un pays émergent à l’horizon 2030 avec la mise en œuvre du Plan stratégique de développement d’Haïti (PSDH) et du Cadre de Développement durable en collaboration avec les 19 Agences, Fonds et Programmes des Nations unies et la MINUJUSTH.

Pour réaliser ces objectifs, le Gouvernement d'Haïti est conscient du fait que, sans un cadre réglementaire approprié, couplé à une situation politique et sécuritaire stable et des institutions judiciaires fortes, compétentes et crédibles, ainsi qu´un environnement incitatif à l'investissement, le pays ne peut pas poursuivre sa marche pour accomplir les Objectifs de Développement durable. Le financement des ODD suppose à la fois le partenariat d'Haïti avec la communauté internationale et avec les investisseurs privés, lesquels, pour investir, ont besoin d'un environnement incitatif avec des institutions d’état de droit fortes. Cela passe par la police – pour assurer la sécurité –, la justice – pour pouvoir gérer tous les contentieux en matière de contrats et de commerce – et un système de protection des droits humains qui va protéger les droits des travailleurs comme ceux de la population en général.