Marie Carine Paul (OPC) : “Les détenus peuvent aussi être des victimes”

L’Assistante Directrice départementale Marie Carine Paul inaugure le nouveau bureau de l’OPC à Saint-Marc (Haïti) en compagnie de la Directrice du PNUD Yvonne Yelle, du Député de l’Artibonite Samuel d’Haïti et du Protecteur du Citoyen Renan Hédouville. © David Nieto / UN / MINUJUSTH, 2018

L’Assistante Directrice départementale Marie Carine Paul inaugure le nouveau bureau de l’OPC à Saint-Marc (Haïti) en compagnie de la Directrice du PNUD Yvonne Yelle, du Député de l’Artibonite Samuel d’Haïti et du Protecteur du Citoyen Renan Hédouville. © David Nieto / UN / MINUJUSTH, 2018

7 nov 2018

Marie Carine Paul (OPC) : “Les détenus peuvent aussi être des victimes”

David Nieto

Trois questions à Marie Carine Paul, Assistante Directrice départementale de l’OPC dans l’Artibonite

Le 6 septembre 2018, le Protecteur du Citoyen inaugurait un nouveau sous-bureau à Saint-Marc (Artibonite). Créé par la Constitution de 1987, l’Office de Protection du Citoyen (OPC) peut désormais poursuivre son travail sur place pour la préservation des droits humains dans la deuxième ville de la région qui accueille aussi l’une des plus importantes prisons d’Haïti. Pour l’association, cet objectif de proximité a été rendu possible grâce au financement du Programme conjoint sur l’état de droit de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la Justice en Haïti (MINUJUSTH) et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Longtemps engagée pour la cause des femmes ou pour la lutte contre le choléra, Marie Carine Paul a été nommée au poste Assistante Directrice départementale de l’OPC dans l’Artibonite. Elle raconte tout l’enjeu de la décentralisation des services publics en Haïti.

Le 6 septembre 2018, l’OPC ouvrait ses portes aux victimes de Saint-Marc. Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ?

Marie Carine Paul : Je suis vraiment heureuse : c’est un bureau que nous attendions avec impatience ! Auparavant, les victimes devaient se rendre jusqu’aux Gonaïves, à plus de 50 km. Désormais, elles peuvent nous joindre directement ici, à Saint-Marc. D’autant plus que les personnes ne savent souvent pas vers qui se tourner pour formuler leurs plaintes en cas de violations des droits de l’homme. Un bureau sur place nous permet de mieux représenter les droits des habitants de Saint-Marc.

Quels sont les principaux enjeux de votre bureau de Saint-Marc sur les droits humains ?

MCP : Dans la prison de Saint-Marc comme ailleurs en Haïti, beaucoup de personnes sont aujourd’hui détenues sans avoir encore pu être jugées. C’est pourquoi notre implantation ici était une nécessité, pour la question de la détention préventive prolongée. C’est dans l’objectif de l’OPC de rejoindre les victimes qui sont détenues et qui n’ont jamais été jugées pour leur apporter notre aide afin que justice soit rendue.

Les détenus peuvent aussi être des victimes : c’est pourquoi ils doivent toujours pouvoir être en mesure de porter plainte

Les détenus peuvent aussi être des victimes : c’est pourquoi ils doivent toujours pouvoir être en mesure de porter plainte. Maintenant que nous sommes sur place, nous allons pouvoir intervenir pour discuter avec ces personnes. L’objectif de l’OPC est que chacun puisse paraître devant son juge compétent afin d’être fixé sur sa condamnation.

Politique de proximité : la décentralisation est-elle le principal enjeu de l’OPC ?

MCP : À travers tout le pays, des personnes sont victimes d’abus. C’est la mission de l’OPC de pouvoir les prendre en charge. Avec un bureau dans chaque département et dans chacune des grandes communes, nous pouvons davantage faire un suivi avec les gens dont les droits ont été violés.

Arrivées au tribunal, les victimes ne trouvent souvent personne pour les assister. Mais c’est en rejoignant l’OPC qu’elles peuvent trouver un accompagnement. Si l’OPC est sur place, nous pouvons venir en aide aux victimes mais aussi être plus disponible au cas où une victime dépose une plainte sur notre site web ou nous joint par téléphone au (+509)2940-3065 !